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Mathieu Rabissoni

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  3. Due diligence technique : la checklist
Développement
24 octobre 202612 mn

Due diligence technique : la checklist

Les 40 points d'une due diligence technique, classés en six piliers avec leur niveau de gravité. La checklist complète pour acheter ou vendre un logiciel.

Mathieu Rabissoni

Mathieu Rabissoni

Expert Acquisition Client Digitale

Due diligence technique : la checklist
Due diligence technique : la checklist

Sommaire

01.Un rachat de logiciel se joue sur 40 lignes. Les avez-vous toutes ?02.Comment lire cette checklist de due diligence03.Pilier 1 : le code (points 1 à 8)04.Pilier 2 : la sécurité (points 9 à 15)05.Pilier 3 : l'infrastructure (points 16 à 22)06.Pilier 4 : l'équipe (points 23 à 28)07.Pilier 5 : juridique et licences (points 29 à 34)08.Pilier 6 : le produit (points 35 à 40)09.Comment utiliser la checklist selon que vous achetez ou vendez10.Vous achetez : commencez par les sept bloquants11.Vous vendez : traitez la liste à l'envers12.FAQ : due diligence technique et checklist13.Conclusion : 40 points, six piliers, aucune surprise après la signature

Un rachat de logiciel se joue sur 40 lignes. Les avez-vous toutes ?

La plupart des due diligences techniques ratent de la même façon : on regarde le code pendant deux jours, puis on découvre six mois après la signature qu'un freelance n'a jamais cédé ses droits ou qu'une sauvegarde n'a jamais été restaurée. Le problème n'est pas la compétence. C'est l'absence de liste.

Voici la checklist que nous utilisons chez ONDEV : 40 points, six piliers, un niveau de gravité pour chacun. Elle sert à l'acquéreur comme au dirigeant qui prépare la vente de son application.

Dans cet article, vous allez découvrir :

  • •Les 40 points de contrôle d'une due diligence technique, numérotés et répartis en six piliers : code, sécurité, infrastructure, équipe, juridique et licences, produit
  • •Pour chaque point, ce qu'il révèle réellement sur l'actif et son niveau de gravité (bloquant, majeur, mineur)
  • •Les 7 points qui, à eux seuls, peuvent faire échouer une acquisition ou diviser un prix par deux
  • •Comment exploiter la checklist différemment selon que vous achetez ou que vous vendez
La valeur d'une application se lit dans son code. Pas dans le pitch, pas dans le business plan : dans le dépôt Git, les contrats et les sauvegardes.

Comment lire cette checklist de due diligence

Une due diligence technique n'est pas un audit de code allongé. L'audit regarde la qualité du logiciel ; la due diligence regarde tout ce que l'acquéreur hérite : code, contrats, équipe, infrastructure. Pour le cadre complet (qui la réalise, en combien de temps, à quel prix), notre guide de la due diligence technique pour acquéreurs pose les bases. Cet article est son complément opérationnel.

Chaque point ci-dessous est noté sur trois niveaux :

  • •Bloquant : à lui seul, il justifie de suspendre la négociation tant qu'il n'est pas levé. On ne le compense pas par une décote.
  • •Majeur : il ne stoppe pas l'opération, mais il entre dans le prix, dans une garantie de passif ou dans une condition suspensive.
  • •Mineur : il n'influence pas la décision d'achat, mais il alimente le plan d'intégration des six premiers mois.

Un point peut changer de niveau selon le contexte : un bus factor de 1 est bloquant pour une plateforme à abonnés, majeur pour un outil interne. Nous indiquons le niveau par défaut.

Pilier 1 : le code (points 1 à 8)

Le code est la première chose que l'on regarde, et celle qui cache le moins de surprises fatales. Mais c'est ici qu'on mesure le coût des douze prochains mois.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
1Accès complet au dépôt Git avec tout l'historique des commitsQui a écrit quoi, le rythme réel de développement, les périodes de silence. Un refus d'accès est en soi une réponseBloquant si refusé
2Couverture des tests automatisés et exécution effective de la suite complèteLa capacité à modifier le produit sans régression. Une suite qui ne passe plus est un aveuMajeur
3Build reproductible depuis un poste vierge et pipeline CI/CD fonctionnelLe logiciel se déploie-t-il sans l'intervention d'une personne précise ?Majeur
4Versions des langages, frameworks et dépendances majeures, avec dates de fin de supportLa dette de mise à jour, soit le coût caché de la première annéeMajeur
5Analyse statique : complexité cyclomatique, duplication, fichiers de plus de 1 000 lignesLes zones où personne n'ose plus toucher, donc le coût de chaque évolution futureMineur à majeur
6Documentation technique : README, schéma d'architecture, procédure d'installationLe temps de prise en main d'un nouveau développeur, en jours ou en semainesMineur
7Code mort, fonctionnalités désactivées par drapeau, branches abandonnéesL'écart entre le produit vendu et le produit réelMineur
8Proportion de code généré, copié ou vendorisé, avec sa provenanceLa qualité réelle de l'équipe et un premier signal de risque de licenceMineur
Sur le point 2, nous ne regardons pas le pourcentage affiché par l'outil de couverture : nous lançons la suite nous-mêmes, sur une machine neuve. C'est la méthode de notre audit de code source : on ne croit que ce qui s'exécute.

Pilier 2 : la sécurité (points 9 à 15)

Un seul point de ce pilier peut tout arrêter. Un secret dans l'historique Git ne se « nettoie » pas : il a été vu par toute personne ayant eu accès au dépôt, stagiaires et prestataires compris.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
9Secrets en clair (clés API, mots de passe, certificats) dans le code ou dans l'historique GitToute personne ayant eu accès au dépôt peut encore accéder à la productionBloquant
10Authentification et sessions : algorithme de hachage, MFA, expiration, réinitialisationLe risque de compromission massive de comptes utilisateursMajeur
11Vulnérabilités connues dans les dépendances (scan SCA, CVE critiques ouvertes et leur ancienneté)L'hygiène de maintenance et la surface d'attaque réelleMajeur
12Chiffrement au repos et en transit : TLS, base de données, sauvegardes, fichiers utilisateursL'exposition en cas de fuite et la conformité RGPDMajeur
13Gestion des droits : rôles, moindre privilège, comptes administrateurs partagésQui peut faire quoi, et si l'on saurait le prouverMajeur
14Historique des incidents de sécurité et rapports de tests d'intrusionLa transparence du vendeur autant que la maturité de l'équipeMajeur
15Journalisation des accès et alerting sur les anomaliesLa capacité à détecter une intrusion et à reconstituer ce qui s'est passéMineur
Sur le point 14, zéro incident déclaré en cinq ans n'est pas un bon signe : soit personne ne regardait, soit personne ne dit. Le point 15 tranche.

Pilier 3 : l'infrastructure (points 16 à 22)

L'infrastructure révèle le modèle économique réel du produit. Une application dont l'hébergement dévore la marge n'a pas la rentabilité qu'affiche le compte de résultat.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
16Inventaire exhaustif des environnements, hébergeurs, services SaaS tiers, DNS et noms de domaine, avec le titulaire de chaque compteCe que l'on achète réellement et qui détient les clésBloquant si incomplet
17Infrastructure décrite en code (Terraform, Docker, scripts) ou configurée à la mainLa reproductibilité, ou la dépendance à la mémoire d'une personneMajeur
18Stratégie de sauvegarde avec preuve d'une restauration complète effectuée dans les 12 derniers moisLa probabilité de perdre les données clients un jourBloquant si jamais testée
19Monitoring en place, disponibilité mesurée, historique des pannes et de leur duréeLa fiabilité réelle, à comparer avec la fiabilité promise aux clientsMajeur
20Coûts d'hébergement mensuels et leur évolution sur 24 mois rapportée au nombre d'utilisateursLa marge réelle et la scalabilité économique du produitMajeur
21Dépendances à des services tiers critiques (paiement, email, API externes) et plan de substitutionLe risque de rupture de service et le degré de verrouillageMineur à majeur
22Capacité de montée en charge : résultats de tests de charge, goulots d'étranglement connusLe coût d'un passage à l'échelle après l'acquisitionMineur
À lire aussi : Racheter un logiciel : 7 risques techniques qui changent le prix - Comment transformer chaque drapeau rouge de cette checklist en décote, séquestre ou garantie de passif.

Pilier 4 : l'équipe (points 23 à 28)

On n'achète jamais seulement du code, mais la capacité de le faire évoluer, et elle habite dans quelques têtes. Si elles partent, le code devient un actif en décomposition.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
23Bus factor : combien de personnes comprennent réellement le cœur du systèmeLe risque qu'un seul départ rende le produit immaintenableBloquant si une seule personne
24Statut de chaque contributeur significatif : salarié, freelance, prestataire, fondateurQui détient le savoir, et qui restera après la cessionMajeur
25Turnover technique sur 24 mois et motifs de départLe climat de l'équipe et la qualité du management techniqueMajeur
26Processus de développement : revue de code, gestion des tickets, cadence des releasesLa maturité et la prévisibilité des livraisonsMineur
27Adéquation entre les compétences présentes et la pile technique réelle, brique par briqueLe coût de recrutement ou de formation à prévoirMajeur
28Rémunérations des profils clés et clauses de rétention existantesLe budget nécessaire pour les garder douze moisMineur
Le point 23 se mesure, il ne se déclare pas. Si l'historique Git montre que l'essentiel des commits du module de facturation vient d'une seule personne, le bus factor est de 1, quoi qu'en dise le fondateur.

Pilier 5 : juridique et licences (points 29 à 34)

Le pilier le plus négligé par les équipes techniques, et le plus souvent fatal. Un acquéreur peut vivre avec du code médiocre, pas avec du code qu'il ne possède pas.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
29Titularité de la propriété intellectuelle : cession de droits signée par chaque contributeur, freelances et agences inclusSi le vendeur possède réellement ce qu'il vendBloquant
30Inventaire des licences open source et compatibilité avec le modèle commercial (GPL, AGPL, autres licences copyleft)Une obligation potentielle de publier le code source ou d'arrêter la commercialisationBloquant si copyleft non maîtrisé
31Licences logicielles commerciales et abonnements SaaS : transférabilité, échéances, clauses de changement de contrôleLes coûts de renouvellement et les blocages au moment du transfertMajeur
32Conformité RGPD : registre des traitements, contrats de sous-traitance, localisation des données, procédure de suppressionLe risque de sanction et l'ampleur de la remédiationMajeur
33Contrats clients : SLA promis, engagements techniques, clauses de réversibilité et de pénalitéLes engagements dont l'acquéreur hérite sans les avoir négociésMajeur
34Dépôt du code (APP, escrow), marques et noms de domaine enregistrés au nom de la société et non du fondateurLes actifs réellement inclus dans le périmètre de la cessionMineur
Pour le point 29, la question à poser est simple : « Montrez-moi le contrat de cession de droits de chaque personne qui a écrit une ligne de ce code. » En droit français, un freelance reste propriétaire de son code tant qu'il ne l'a pas cédé par écrit. Le point 30 se vérifie avec un outil d'analyse de composition, jamais sur déclaration.

Pilier 6 : le produit (points 35 à 40)

Le dernier pilier confronte le discours commercial à la réalité technique. C'est ici que l'on découvre que la fonctionnalité phare de la démo est une maquette, ou que la majorité des utilisateurs déclarés ne se connectent plus.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
35Correspondance entre la roadmap et les fonctionnalités vendues d'une part, l'état réel du code d'autre partL'écart entre le discours et la réalité, donc la fiabilité du vendeurMajeur
36Données d'usage réelles extraites de la base : utilisateurs actifs, rétention, fonctionnalités effectivement utiliséesLa valeur réellement perçue par les clients, hors chiffres marketingMajeur
37Backlog de bugs ouverts, leur ancienneté, et tickets de support récurrentsLa dette fonctionnelle et le niveau de satisfaction clientMineur
38Dette technique chiffrée : estimation en jours-homme du coût de remise à niveau des points majeursL'argument de négociation le plus direct sur le prixMajeur
39Dépendance du produit à une source de données ou à un partenaire unique (API, jeu de données, distributeur)La fragilité du modèle si ce tiers change ses conditionsMajeur
40Outils de pilotage : analytics produit, suivi des performances, accessibilité, feuille de route technique écriteLa capacité à piloter le produit dès le lendemain de la repriseMineur
Le point 38 synthétise tout ce qui précède : chaque point majeur des cinq premiers piliers se traduit en jours de travail, puis en euros. Posé sur la table, ce chiffre change la conversation sur le prix.

Comment utiliser la checklist selon que vous achetez ou vendez

La même liste sert deux stratégies opposées. Ce qui change, c'est l'ordre et le tempo.

Vous achetez : commencez par les sept bloquants

Avant toute analyse approfondie, traitez les points 1, 9, 16, 18, 23, 29 et 30. Ils se vérifient en quelques jours et décident à eux seuls si l'opération continue. Inutile de payer une analyse statique complète si le vendeur ne possède pas son code. Et exigez des preuves, pas des déclarations : une restauration se regarde en direct.

Ensuite, déroulez les points majeurs pilier par pilier, et chiffrez chacun en jours-homme (point 38). Vous obtenez trois sorties : une liste de conditions suspensives (les bloquants), un montant de décote ou de séquestre (les majeurs) et un plan d'intégration (les mineurs). Notre prestation de due diligence technique livre exactement ces trois documents.

Vous vendez : traitez la liste à l'envers

Côté vendeur, la checklist devient un plan de nettoyage à lancer six à douze mois avant la mise en vente. Commencez par ce qui prend du temps et ne se rattrape pas en urgence : régulariser les cessions de droits (29), sortir les secrets de l'historique Git et les faire tourner (9), tester une restauration complète (18), documenter l'architecture et réduire le bus factor (6 et 23).

Poursuivez par les majeurs qui pèsent sur le multiple : dépendances en fin de support (4), licences incompatibles (30), suite de tests (2). Chaque point résolu avant l'arrivée de l'auditeur de l'acheteur est un argument de négociation que vous lui retirez.

Enfin, constituez un dossier de preuves, un document par point. Un vendeur qui arrive avec ce dossier raccourcit la due diligence et protège son prix.

FAQ : due diligence technique et checklist

Si plusieurs points bloquants des piliers code et infrastructure ressortent, une refonte d'application web planifiée par lots coûte moins cher qu'une décote subie au moment de la signature.

Combien de temps prend une due diligence technique complète sur ces 40 points ?
Entre une et trois semaines selon la taille du code et la disponibilité du vendeur. Les sept points bloquants se traitent en deux à trois jours ; ce sont eux qui déterminent si le reste de l'analyse vaut la peine d'être lancé.
Quelle différence entre cette checklist et un audit de code ?
L'audit de code couvre essentiellement les piliers 1 et 2 (code et sécurité), en profondeur. La due diligence technique ajoute l'infrastructure, l'équipe, le juridique et le produit, car un acquéreur hérite de tout cela, pas seulement du code.
Faut-il un avocat pour le pilier juridique et licences ?
Pour les points 29, 31 et 33, oui : la lecture des contrats de cession et des clauses de changement de contrôle relève du juriste. Les points 30 et 32 se préparent techniquement (inventaire des licences, cartographie des données) avant d'être validés juridiquement.
Peut-on acheter malgré un point bloquant ?
Un bloquant n'est pas une interdiction, c'est une condition suspensive. On signe sous réserve que le vendeur régularise les cessions de droits, fasse tourner les secrets ou prouve une restauration. Si le vendeur refuse ou n'y parvient pas, l'opération s'arrête sans frais pour l'acheteur.
Que vaut une due diligence réalisée par l'équipe technique de l'acquéreur ?
Elle est utile sur le pilier produit et la compatibilité avec l'existant, plus fragile sur le code, la sécurité et le juridique par manque de temps et de recul. Un regard externe apporte aussi une signature neutre si la négociation se tend sur la décote.

Conclusion : 40 points, six piliers, aucune surprise après la signature

Une due diligence technique réussie n'est pas celle qui trouve le plus de problèmes, c'est celle qui n'en laisse aucun pour après. Ces 40 points couvrent tout ce qu'un acquéreur hérite : le code, les secrets qu'il contient, les serveurs qui le font tourner, les gens qui le connaissent, les contrats qui le protègent et les clients qui l'utilisent.

Que vous achetiez ou que vous vendiez, le travail est le même. Seul l'ordre change.


Vous préparez une acquisition ou la cession de votre application ? Parlons de votre dossier : nous déroulons ces 40 points avec vous et nous chiffrons chaque risque avant que vous signiez.

Auteur

Mathieu Rabissoni

Mathieu Rabissoni

Expert Web

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24 octobre 2026
12 mn
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Un rachat de logiciel se joue sur 40 lignes. Les avez-vous toutes ?

La plupart des due diligences techniques ratent de la même façon : on regarde le code pendant deux jours, puis on découvre six mois après la signature qu'un freelance n'a jamais cédé ses droits ou qu'une sauvegarde n'a jamais été restaurée. Le problème n'est pas la compétence. C'est l'absence de liste.

Voici la checklist que nous utilisons chez ONDEV : 40 points, six piliers, un niveau de gravité pour chacun. Elle sert à l'acquéreur comme au dirigeant qui prépare la vente de son application.

Dans cet article, vous allez découvrir :

  • •Les 40 points de contrôle d'une due diligence technique, numérotés et répartis en six piliers : code, sécurité, infrastructure, équipe, juridique et licences, produit
  • •Pour chaque point, ce qu'il révèle réellement sur l'actif et son niveau de gravité (bloquant, majeur, mineur)
  • •Les 7 points qui, à eux seuls, peuvent faire échouer une acquisition ou diviser un prix par deux
  • •Comment exploiter la checklist différemment selon que vous achetez ou que vous vendez
La valeur d'une application se lit dans son code. Pas dans le pitch, pas dans le business plan : dans le dépôt Git, les contrats et les sauvegardes.

Comment lire cette checklist de due diligence

Une due diligence technique n'est pas un audit de code allongé. L'audit regarde la qualité du logiciel ; la due diligence regarde tout ce que l'acquéreur hérite : code, contrats, équipe, infrastructure. Pour le cadre complet (qui la réalise, en combien de temps, à quel prix), notre guide de la due diligence technique pour acquéreurs pose les bases. Cet article est son complément opérationnel.

Chaque point ci-dessous est noté sur trois niveaux :

  • •Bloquant : à lui seul, il justifie de suspendre la négociation tant qu'il n'est pas levé. On ne le compense pas par une décote.
  • •Majeur : il ne stoppe pas l'opération, mais il entre dans le prix, dans une garantie de passif ou dans une condition suspensive.
  • •Mineur : il n'influence pas la décision d'achat, mais il alimente le plan d'intégration des six premiers mois.

Un point peut changer de niveau selon le contexte : un bus factor de 1 est bloquant pour une plateforme à abonnés, majeur pour un outil interne. Nous indiquons le niveau par défaut.

Pilier 1 : le code (points 1 à 8)

Le code est la première chose que l'on regarde, et celle qui cache le moins de surprises fatales. Mais c'est ici qu'on mesure le coût des douze prochains mois.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
1Accès complet au dépôt Git avec tout l'historique des commitsQui a écrit quoi, le rythme réel de développement, les périodes de silence. Un refus d'accès est en soi une réponseBloquant si refusé
2Couverture des tests automatisés et exécution effective de la suite complèteLa capacité à modifier le produit sans régression. Une suite qui ne passe plus est un aveuMajeur
3Build reproductible depuis un poste vierge et pipeline CI/CD fonctionnelLe logiciel se déploie-t-il sans l'intervention d'une personne précise ?Majeur
4Versions des langages, frameworks et dépendances majeures, avec dates de fin de supportLa dette de mise à jour, soit le coût caché de la première annéeMajeur
5Analyse statique : complexité cyclomatique, duplication, fichiers de plus de 1 000 lignesLes zones où personne n'ose plus toucher, donc le coût de chaque évolution futureMineur à majeur
6Documentation technique : README, schéma d'architecture, procédure d'installationLe temps de prise en main d'un nouveau développeur, en jours ou en semainesMineur
7Code mort, fonctionnalités désactivées par drapeau, branches abandonnéesL'écart entre le produit vendu et le produit réelMineur
8Proportion de code généré, copié ou vendorisé, avec sa provenanceLa qualité réelle de l'équipe et un premier signal de risque de licenceMineur
Sur le point 2, nous ne regardons pas le pourcentage affiché par l'outil de couverture : nous lançons la suite nous-mêmes, sur une machine neuve. C'est la méthode de notre audit de code source : on ne croit que ce qui s'exécute.

Pilier 2 : la sécurité (points 9 à 15)

Un seul point de ce pilier peut tout arrêter. Un secret dans l'historique Git ne se « nettoie » pas : il a été vu par toute personne ayant eu accès au dépôt, stagiaires et prestataires compris.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
9Secrets en clair (clés API, mots de passe, certificats) dans le code ou dans l'historique GitToute personne ayant eu accès au dépôt peut encore accéder à la productionBloquant
10Authentification et sessions : algorithme de hachage, MFA, expiration, réinitialisationLe risque de compromission massive de comptes utilisateursMajeur
11Vulnérabilités connues dans les dépendances (scan SCA, CVE critiques ouvertes et leur ancienneté)L'hygiène de maintenance et la surface d'attaque réelleMajeur
12Chiffrement au repos et en transit : TLS, base de données, sauvegardes, fichiers utilisateursL'exposition en cas de fuite et la conformité RGPDMajeur
13Gestion des droits : rôles, moindre privilège, comptes administrateurs partagésQui peut faire quoi, et si l'on saurait le prouverMajeur
14Historique des incidents de sécurité et rapports de tests d'intrusionLa transparence du vendeur autant que la maturité de l'équipeMajeur
15Journalisation des accès et alerting sur les anomaliesLa capacité à détecter une intrusion et à reconstituer ce qui s'est passéMineur
Sur le point 14, zéro incident déclaré en cinq ans n'est pas un bon signe : soit personne ne regardait, soit personne ne dit. Le point 15 tranche.

Pilier 3 : l'infrastructure (points 16 à 22)

L'infrastructure révèle le modèle économique réel du produit. Une application dont l'hébergement dévore la marge n'a pas la rentabilité qu'affiche le compte de résultat.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
16Inventaire exhaustif des environnements, hébergeurs, services SaaS tiers, DNS et noms de domaine, avec le titulaire de chaque compteCe que l'on achète réellement et qui détient les clésBloquant si incomplet
17Infrastructure décrite en code (Terraform, Docker, scripts) ou configurée à la mainLa reproductibilité, ou la dépendance à la mémoire d'une personneMajeur
18Stratégie de sauvegarde avec preuve d'une restauration complète effectuée dans les 12 derniers moisLa probabilité de perdre les données clients un jourBloquant si jamais testée
19Monitoring en place, disponibilité mesurée, historique des pannes et de leur duréeLa fiabilité réelle, à comparer avec la fiabilité promise aux clientsMajeur
20Coûts d'hébergement mensuels et leur évolution sur 24 mois rapportée au nombre d'utilisateursLa marge réelle et la scalabilité économique du produitMajeur
21Dépendances à des services tiers critiques (paiement, email, API externes) et plan de substitutionLe risque de rupture de service et le degré de verrouillageMineur à majeur
22Capacité de montée en charge : résultats de tests de charge, goulots d'étranglement connusLe coût d'un passage à l'échelle après l'acquisitionMineur
À lire aussi : Racheter un logiciel : 7 risques techniques qui changent le prix - Comment transformer chaque drapeau rouge de cette checklist en décote, séquestre ou garantie de passif.

Pilier 4 : l'équipe (points 23 à 28)

On n'achète jamais seulement du code, mais la capacité de le faire évoluer, et elle habite dans quelques têtes. Si elles partent, le code devient un actif en décomposition.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
23Bus factor : combien de personnes comprennent réellement le cœur du systèmeLe risque qu'un seul départ rende le produit immaintenableBloquant si une seule personne
24Statut de chaque contributeur significatif : salarié, freelance, prestataire, fondateurQui détient le savoir, et qui restera après la cessionMajeur
25Turnover technique sur 24 mois et motifs de départLe climat de l'équipe et la qualité du management techniqueMajeur
26Processus de développement : revue de code, gestion des tickets, cadence des releasesLa maturité et la prévisibilité des livraisonsMineur
27Adéquation entre les compétences présentes et la pile technique réelle, brique par briqueLe coût de recrutement ou de formation à prévoirMajeur
28Rémunérations des profils clés et clauses de rétention existantesLe budget nécessaire pour les garder douze moisMineur
Le point 23 se mesure, il ne se déclare pas. Si l'historique Git montre que l'essentiel des commits du module de facturation vient d'une seule personne, le bus factor est de 1, quoi qu'en dise le fondateur.

Pilier 5 : juridique et licences (points 29 à 34)

Le pilier le plus négligé par les équipes techniques, et le plus souvent fatal. Un acquéreur peut vivre avec du code médiocre, pas avec du code qu'il ne possède pas.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
29Titularité de la propriété intellectuelle : cession de droits signée par chaque contributeur, freelances et agences inclusSi le vendeur possède réellement ce qu'il vendBloquant
30Inventaire des licences open source et compatibilité avec le modèle commercial (GPL, AGPL, autres licences copyleft)Une obligation potentielle de publier le code source ou d'arrêter la commercialisationBloquant si copyleft non maîtrisé
31Licences logicielles commerciales et abonnements SaaS : transférabilité, échéances, clauses de changement de contrôleLes coûts de renouvellement et les blocages au moment du transfertMajeur
32Conformité RGPD : registre des traitements, contrats de sous-traitance, localisation des données, procédure de suppressionLe risque de sanction et l'ampleur de la remédiationMajeur
33Contrats clients : SLA promis, engagements techniques, clauses de réversibilité et de pénalitéLes engagements dont l'acquéreur hérite sans les avoir négociésMajeur
34Dépôt du code (APP, escrow), marques et noms de domaine enregistrés au nom de la société et non du fondateurLes actifs réellement inclus dans le périmètre de la cessionMineur
Pour le point 29, la question à poser est simple : « Montrez-moi le contrat de cession de droits de chaque personne qui a écrit une ligne de ce code. » En droit français, un freelance reste propriétaire de son code tant qu'il ne l'a pas cédé par écrit. Le point 30 se vérifie avec un outil d'analyse de composition, jamais sur déclaration.

Pilier 6 : le produit (points 35 à 40)

Le dernier pilier confronte le discours commercial à la réalité technique. C'est ici que l'on découvre que la fonctionnalité phare de la démo est une maquette, ou que la majorité des utilisateurs déclarés ne se connectent plus.

#Ce qu'on vérifieCe que ça révèleGravité
35Correspondance entre la roadmap et les fonctionnalités vendues d'une part, l'état réel du code d'autre partL'écart entre le discours et la réalité, donc la fiabilité du vendeurMajeur
36Données d'usage réelles extraites de la base : utilisateurs actifs, rétention, fonctionnalités effectivement utiliséesLa valeur réellement perçue par les clients, hors chiffres marketingMajeur
37Backlog de bugs ouverts, leur ancienneté, et tickets de support récurrentsLa dette fonctionnelle et le niveau de satisfaction clientMineur
38Dette technique chiffrée : estimation en jours-homme du coût de remise à niveau des points majeursL'argument de négociation le plus direct sur le prixMajeur
39Dépendance du produit à une source de données ou à un partenaire unique (API, jeu de données, distributeur)La fragilité du modèle si ce tiers change ses conditionsMajeur
40Outils de pilotage : analytics produit, suivi des performances, accessibilité, feuille de route technique écriteLa capacité à piloter le produit dès le lendemain de la repriseMineur
Le point 38 synthétise tout ce qui précède : chaque point majeur des cinq premiers piliers se traduit en jours de travail, puis en euros. Posé sur la table, ce chiffre change la conversation sur le prix.

Comment utiliser la checklist selon que vous achetez ou vendez

La même liste sert deux stratégies opposées. Ce qui change, c'est l'ordre et le tempo.

Vous achetez : commencez par les sept bloquants

Avant toute analyse approfondie, traitez les points 1, 9, 16, 18, 23, 29 et 30. Ils se vérifient en quelques jours et décident à eux seuls si l'opération continue. Inutile de payer une analyse statique complète si le vendeur ne possède pas son code. Et exigez des preuves, pas des déclarations : une restauration se regarde en direct.

Ensuite, déroulez les points majeurs pilier par pilier, et chiffrez chacun en jours-homme (point 38). Vous obtenez trois sorties : une liste de conditions suspensives (les bloquants), un montant de décote ou de séquestre (les majeurs) et un plan d'intégration (les mineurs). Notre prestation de due diligence technique livre exactement ces trois documents.

Vous vendez : traitez la liste à l'envers

Côté vendeur, la checklist devient un plan de nettoyage à lancer six à douze mois avant la mise en vente. Commencez par ce qui prend du temps et ne se rattrape pas en urgence : régulariser les cessions de droits (29), sortir les secrets de l'historique Git et les faire tourner (9), tester une restauration complète (18), documenter l'architecture et réduire le bus factor (6 et 23).

Poursuivez par les majeurs qui pèsent sur le multiple : dépendances en fin de support (4), licences incompatibles (30), suite de tests (2). Chaque point résolu avant l'arrivée de l'auditeur de l'acheteur est un argument de négociation que vous lui retirez.

Enfin, constituez un dossier de preuves, un document par point. Un vendeur qui arrive avec ce dossier raccourcit la due diligence et protège son prix.

FAQ : due diligence technique et checklist

Si plusieurs points bloquants des piliers code et infrastructure ressortent, une refonte d'application web planifiée par lots coûte moins cher qu'une décote subie au moment de la signature.

Combien de temps prend une due diligence technique complète sur ces 40 points ?
Entre une et trois semaines selon la taille du code et la disponibilité du vendeur. Les sept points bloquants se traitent en deux à trois jours ; ce sont eux qui déterminent si le reste de l'analyse vaut la peine d'être lancé.
Quelle différence entre cette checklist et un audit de code ?
L'audit de code couvre essentiellement les piliers 1 et 2 (code et sécurité), en profondeur. La due diligence technique ajoute l'infrastructure, l'équipe, le juridique et le produit, car un acquéreur hérite de tout cela, pas seulement du code.
Faut-il un avocat pour le pilier juridique et licences ?
Pour les points 29, 31 et 33, oui : la lecture des contrats de cession et des clauses de changement de contrôle relève du juriste. Les points 30 et 32 se préparent techniquement (inventaire des licences, cartographie des données) avant d'être validés juridiquement.
Peut-on acheter malgré un point bloquant ?
Un bloquant n'est pas une interdiction, c'est une condition suspensive. On signe sous réserve que le vendeur régularise les cessions de droits, fasse tourner les secrets ou prouve une restauration. Si le vendeur refuse ou n'y parvient pas, l'opération s'arrête sans frais pour l'acheteur.
Que vaut une due diligence réalisée par l'équipe technique de l'acquéreur ?
Elle est utile sur le pilier produit et la compatibilité avec l'existant, plus fragile sur le code, la sécurité et le juridique par manque de temps et de recul. Un regard externe apporte aussi une signature neutre si la négociation se tend sur la décote.

Conclusion : 40 points, six piliers, aucune surprise après la signature

Une due diligence technique réussie n'est pas celle qui trouve le plus de problèmes, c'est celle qui n'en laisse aucun pour après. Ces 40 points couvrent tout ce qu'un acquéreur hérite : le code, les secrets qu'il contient, les serveurs qui le font tourner, les gens qui le connaissent, les contrats qui le protègent et les clients qui l'utilisent.

Que vous achetiez ou que vous vendiez, le travail est le même. Seul l'ordre change.


Vous préparez une acquisition ou la cession de votre application ? Parlons de votre dossier : nous déroulons ces 40 points avec vous et nous chiffrons chaque risque avant que vous signiez.

Mathieu Rabissoni

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Expert Web

24 octobre 2026
12 mn
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